|
Consultez
la fiche
du réalisateur
Jean Marie Téno
|
|
|

SYNOPSIS
VACANCES AU PAYS est un voyage à la quête
du fantasme de modernité qui hante la société camerounaise.
VACANCES AU PAYS interroge, avec ironie parfois, la notion de développement,
associée en Afrique à une modernité tropicale
qui se résume dans la formule suivante : tout ce qui vient dEurope
est moderne et par contre tout ce qui est local est archaïque et
doit disparaître.
Après les ravages de lesclavage et de la colonisation, le
continent africain est confronté à une autre sorte danéantissement
: léducation qui pérennise dans les consciences un
complexe dinfériorité et de dépendance vis
à vis de lEurope et établit dans la société
une hiérarchie au bas de laquelle se trouve le villageois.
Jai entrepris de refaire le voyage que je faisais enfant pendant
les vacances scolaires, de Yaoundé la grande ville vers Bandjoun,
mon village. Vacances au pays donc. Au gré de mes rencontres, je
tente de cerner les espoirs, les regrets et les frustrations des gens
ordinaires face aux changements qui leurs sont imposés et de jeter,
par-delà le fossé creusé entre citadins et villageois,
des passerelles citoyennes.
VACANCES AU PAYS est une réflexion personnelle sur lobsession
de modernité, un modèle de développement pour le
moins problématique qui tourne le dos au progrès pour se
conformer à nimporte quel prix à ce moule, fait de
misère sans fin pour les uns et dun contestable assistanat
fort rentable pour les autres.
COUPURES
DE PRESSE :
Entre espérances dhier et réalités
daujourdhui, Jean Marie Teno tire les leçons. La plus
cruelle : le reniement de la sagesse des anciens au nom de la lutte contre
larchaïsme fut un leurre qui permit aux sociétés
étrangères détablir leur humiliante tutelle.
Le Nouvel Observateur
Toutes ses rencontres sont dune étonnante
liberté, presque flottantes à en perdre pieds.
Tribune de Genève
Les Festivals :
Festival de Berlin 2000 section Forum
Cinéma du Réel
Vues dAfrique à Montréal Avril 2000
Grand Prix de la Communication Interculturelle.
Festival de San Francisco
Visions du Réel à Nyon
Munich International documentary film Festival |
A PROPOS
DE VACANCES AU PAYS :
Le grand lycée de Yaoundé ne porte toujours
pas le nom dun grand homme camerounais, ni celui dun homme
de lettres français, comme cest la tradition en France, mais
le nom dun militaire : le général Leclerc, celui qui
emmena les fils du Cameroun en France, pour les éduquer sans doute,
en 1940. On ne sait pas combien en sont morts. Il faut dire que cette
guerre-là ne les concernait pas. Plus tard, un demi million de
Camerounais seront massacrés par larmée coloniale
française. Ils étaient concernés cette fois : lIndépendance
prend effet sur le papier le 1er janvier 1960.
Je suis arrivé dans le lycée Général Leclerc
au milieu des années 60, dans leuphorie de lIndépendance.
A lépoque nos parents nous exhortaient en ces termes "
Etudie mon fils, tu deviendras comme le blanc " et dans nos manuels
scolaires, nos ancêtres étaient gaulois. On nous éduquait,
ou plutôt , on nous initiait à la modernité, une divinité
au culte exigeant quil fallait vénérer sous peine
de disparaître. De notre éducation, je garde ce sentiment
de frustration qui se résume dans cette phrase : Tout ce qui vient
dEurope est moderne et tout ce qui est local est archaïque
et doit disparaître.
Quarante ans après lIndépendance, parfois sans eau
potable, les gens des villes sont convaincus dêtre devenus
modernes. Une modernité qui sacharne à laver les consciences
plutôt que de se préoccuper des canalisations deau.
Et puis les affiches de Coca-cola sont là pour nous rappeler que
leau potable est une boisson locale qui entrave le désir
de modernité.
Alors les citadins se sentent investis de la mission de modernisation
à légard des campagnes en reprenant à leur
compte ce slogan : tout ce qui vient de la ville est moderne et tout ce
qui est local est archaïque et doit disparaître. Cela se traduit
par la politique du vide qui mène limpasse actuelle. La vacuité
du langage des hommes au pouvoir, repris comme modèle de discours
par les citadins étouffe progressivement la parole riche et profonde
de leurs compatriotes restés au village et prépare le terrain
pour la société de consommation.
Cette opération de destruction, qui vient de lintérieur
continue un travail de destruction commencé avec lesclavage,
puis la colonisation, se poursuit sous le masque de laide au développement
et aujourdhui la mondialisation, étape dun processus
de réorganisation géographique du travail. Ceci débouchera
fatalement sur de nouvelles catastrophes au nom de la modernité.
Ce qui est paradoxal.
Pour moi, la modernité devrait être le désir de corriger
les injustices du présent en réparant les horreurs du passé
tels lesclavage et la colonisation afin de sassurer des jours
meilleurs pour tous les peuples de cette planète.
Jean Marie Teno, le premier jour de l'an 2000
 |

|